La Buissonnière - Coup de projecteur sur Marie, enseignante à l'école Freinet de Vence


Marie Masquelier, institutrice à l'école publique Freinet de Vence 🌱

Marie est enseignante dans l’École Freinet publique de Vence. Elle y tient la classe des petits (3-6 ans) depuis 5 ans. Après avoir enseigné en école classique et avoir fait plusieurs stages dans des écoles innovantes, elle pose ces bagages dans cette école singulière, fondée en 1934 par Elise et Céléstin Freinet.


Héloïse est entrepreneuse, podcasteuse, autrice et conférencière… mais par-dessus passionnée d’éducation et fascinée par ce que fait Marie en classe. Elle décide alors de documenter ce qu’il se passe dans cette école, en laissant le micro aux enfants. C’est eux qui nous racontent et nous font découvrir leur quotidien.


Durant un an, Marie et Héloïse ont écouté les enfants et ont mis tout cela dans un documentaire audio sous forme de podcast en 28 épisodes : La Buissonnière 🎧



Pour écouter le podcast



 

Questions-Réponses avec Marie



Pourquoi avoir voulu enseigner là-bas ?


Marie : Cela faisait trois ans que j’enseignais en école classique et que je cherchais à me former en pédagogie Freinet pour enseigner autrement. Mais le scepticisme de la majorité des collègues, de certains parents et inspecteurs me freinait dans ce que j’essayais de mettre en place… J’ai donc fait un stage d’une semaine dans cette école, berceau de la pédagogie Freinet. Et j’ai été subjuguée par ce que j’y ai vu : une grande confiance accordée à l’enfant, des apprentissages vivants et passionnants, des enfants écoutés, entendus, considérés comme des individus et pas simplement comme des élèves, bref, des enfants heureux de venir à l’école… Je me suis alors dit : ok, tout ça, c’est bel et bien possible et c’est ici que je veux apprendre.


Quelles sont les compétences qui sont selon toi nécessaires ? Comment transmets-tu ces compétences aux enfants ?


Marie :

  • Savoir écouter et communiquer.

  • Etre capable d’être autonome tout en sachant coopérer.

  • Savoir s’adapter. Parce que le monde est en perpétuel mouvement et aujourd’hui plus que jamais, l’Homme doit apprendre à adapter son mode de vie, de consommation, de production pour préserver son environnement

  • Être curieux, se questionner et savoir chercher. À l’heure d’internet où l’information est disponible partout, tout de suite, tout le temps, l’accumulation de connaissances n’est plus ce qui est vital selon moi.

La pédagogie de Freinet permet, par nature, de développer toutes ces compétences au quotidien et simultanément. Parce qu’elle vise à former des citoyens autonomes, responsables, altruistes, curieux, respectueux de l’autre et de la nature…


La pédagogie peut-elle se propager dans tout le pays ?


Marie : Oui ! Freinet a voulu fonder ce qu’il appelle « l’école du peuple », école dont les techniques demandent très peu de moyens et sont applicables partout : les réunions de coopérative, le plan de travail, les classes promenades dans l’environnement proche, l’écriture de textes libres, la pratique quotidienne du dessin, du modelage, l’apprentissage de la lecture à partir des textes produits par les enfants…

La pédagogie Freinet est aussi une école de la vie qui pour but d’apprendre aux enfants à comprendre le monde qui les entoure en partant de ce qui les enthousiasme, les passionne, les questionne. Où que nous soyons, les enfants peuvent apprendre à partir de leurs observations, avec des outils et des supports que l’on trouve dans la vraie vie, et pas seulement dans la salle de classe. On va travailler la métamorphose à partir d’une chenille trouvée dans la forêt, on travaille les migrations des animaux à partir de la question d’un enfant « ils vont où tous ces oiseaux qui volent dans le même sens ? », on travaille les époques historiques à partir du thème de carnaval choisi et voté par les enfants… Projets et apprentissages émergent de la vie de la classe et c’est pour cela que, malgré les techniques communes, aucune classe Freinet ne se ressemble.


Où et comment puise-tu ton énergie ?


Marie : Ça peut paraître cliché mais je la puise en grande partie dans ce que me rendent les enfants au quotidien. Leur sourire, leur envie d’apprendre, leur motivation, leur façon d’interagir et de se construire ensemble … Tout cela fait un cocktail énergisant qui est un vrai moteur pour moi.


Quel est le meilleur conseil que tes élèves t ont donné ?


Marie : Quand j’enseignais en école classique, je me retrouvais régulièrement à devoir presser les enfants pour terminer ce que nous étions en train de faire et pouvoir passer à la séance suivante, dans des journées rythmées par un emploi du temps toujours serré où il n’y avait pas une minute de répit. Un jour où mon stress et mon agacement devaient se faire sentir, un enfant m’a regardée et m’a dit « calme, calme maîtresse… » en me faisant signe avec ses mains de ralentir. Ça m’a fait l’effet d’une claque et m’a aidé à me débarrasser de cette attitude de rentabilité. L’école n’est pas censée être une usine.


Es tu optimiste quant au futur ?


Marie : Oui et non à la fois.

Oui parce que les enfants me surprennent et me fascinent tous les jours par leur capacité à s’approprier et réinvestir ce qu’ils apprennent à l’école.

Il m’arrive très régulièrement d’être émue aux larmes devant certaines scènes entre les enfants : des enfants qui prennent l’initiative de rendre service à l’école, des enfants qui s’organisent et coopèrent pour construire une cabane ou potager sur leur temps libre, qui s’entraident en cas de difficulté, qui se félicitent publiquement pour leur progrès, qui se disent les choses avec franchises et bienveillance, qui proposent des projets géniaux, qui développent leur esprit critique… ça ça me rend optimiste parce que je constate tous les jours que c’est possible et que si on veut, on peut.

Mais quand je vois que cette pédagogie a presque 100 ans et qu’elle se généralise toujours aussi peu, que les ministres de l’éducation ont toujours comme ligne directrice la rentabilité, l’évaluation et la compétition… Je me dis qu’on est encore loin du compte…

C’est pour ça qu’avec Héloise, on a voulu réaliser le podcast La buissonnière : pour faire sortir hors des murs de l’école la pédagogie telle qu’on la pratique ici. Et on espère qu’il donnera l’envie et l’énergie à d’autres enseignants de s’en inspirer !


Marie et Héloïse, pendant l'enregistrement de La Buissonnière 🎙️

Retrouvez La Buissonnière sur :




Retrouvez également plus d'informations à travers l'article La Buissonnière - immersion dans une école, disponible sur notre blog.

 


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